• DEBUTER : Jeune professeur face à des élèves

     Dans les yeux des élèves, un jeune enseignant est d’abord un professeur comme les autres. Cette reconnaissance institutionnelle est d’ailleurs ce qui le protège des inévitables maladresses qu’il commettra la première année. La contrainte pour lui est qu’il a le mêmes élèves, les mêmes devoirs et obligations que ses collègues, dès le premier jour de classe. Il faut par conséquent qu’il trouve les ressources pour être performant le plus vite possible, même quand l’entrée dans le métier n’a pas été à la hauteur des espérances. 

     

    Plusieurs fausses « bonnes idées » guettent les jeunes professeurs. Elles sont pourtant généreuses car elles veulent créer du lien en partant du principe que la proximité générationnelle est d’abord un atout. C’est vrai quand la relation s’est établie sur des bases solides et positives. Mais si des difficultés importantes apparaissent, le manque d’expérience peut conduire à des crispations fortes lorsque le jeune professeur n’entend pas les remarques des élèves et les conseils formulés par ses aînés.

     

    Il n’est jamais trop tard pour apprendre

     

    Une première erreur classique est de confondre l’enseignement avec de l’animation. Or, on n’est pas à l’école pour jouer, mais pour apprendre. En d’autres termes, toute activité qui ressemblerait à de l’occupationnel ne permettra pas de structurer la pensée et discréditera très vite le professeur.

     

    En débutant, nombreux sont ceux qui pensent naïvement que pour être un bon enseignant il suffit de créer un lien non hiérarchique, de type amical entre eux et les élèves. Du coup, les activités qu’ils vont proposer seront amusantes, le registre de langue utilisé sera celui des adolescents. Passé la surprise des premières heures de cours, de nombreux jeunes vont se sentir autorisés de ne plus écouter et de ne plus s’intéresser à la leçon. Puisque hors de l’école chacun est libre de pratiquer l’activité qui lui plait, faisons pareil en classe si on est dans l’occupationnel !

    Les enseignants ne sont pas des parents, bien qu’ils aient un rôle éducatif évident, ils ne sont pas non plus des grands frères ou des grandes soeurs avec lesquels on partage des confidences, ils ne sont pas enfin des camarades avec lesquels on s’amuse. Avoir un comportement courtois, avenant et une attitude positive, ne signifie pas qu’il faille sympathiser. Les difficultés d’apprentissage et les problèmes de type personnels se traitent en professionnel. Il s’agit donc d’être à l’écoute, en empathie pour comprendre, montrer de la sensibilité pour entendre les problèmes personnels. Les élèves n’ont pas besoin d’un copain supplémentaire qui leur prodiguera des conseils équivalents. L’approche doit être tout autre et en adéquation avec une posture de professeur. Quand les élèves s’adressent à lui c’est avant tout à un adulte référent qu’ils parlent. Très vite, si le modèle est celui du copain, les élèves vont demander des services ou des privilèges qu’ils n’obtiendront pas et leur réaction sera du coup très négative car de type affectif.

     

    Un enseignant qui a l’estime de ses élèves est celui qui a de l’ambition pour eux. Cela ne consiste pas à élever le niveau démesurément avec comme résultat d’intéresser quelques élèves brillants qui réussiront, aider un nombre plus ou moins grand d’élèves supplémentaires qui essaieront de surnager avec l’aide des parents ou en prenant des cours particuliers et délaisser un groupe qui abandonnera vite toute velléité d’atteindre les objectifs fixés. Pour créer l’appétence qui donnera envie à chacun de participer, d’essayer et de proposer des solutions, les élèves doivent être convaincus que leur enseignant a le sentiment qu’ils pourront progresser.

    Cela, ils le voient dans le regard porté sur eux, dans la manière de s’adresser à eux, dans le temps qu’ils consacrent à les soutenir dans le labeur.

    Avoir de l’ambition, c’est être exigeant sur la qualité des productions et leur montrer qu’ils peuvent y arriver sans faire à leur place[1]. Le niveau étant défini par le programme, il suffit de le respecter sans l’interpréter au-delà du raisonnable. Pour faire un bon film, un bon scénario a besoin d’un bon metteur en scène pour diriger les acteurs et sublimer leur jeu.

     

    La question du tutoiement ou du vouvoiement de l’élève est récurrente et fait suite aux remarques précédentes. Le tutoiement n’est pas irrespectueux vis-à-vis de l’élève, il permet simplement une proximité qui est adéquate si l’enseignant sait parfaitement tenir son rôle. Le vouvoiement installe au contraire cette distance qui peut faire défaut à certains, en début de carrière. Il concerne les classes de terminales comme celles de sixième. Bien entendu, il n’y a pas de réciproque possible, les professeurs, au collège comme au lycée, sont vouvoyés.



     

      DEBUTER : Jeune professeur face à des élèves

    [1] On pourrait reprendre l’expression de Maria Montessori a propos de l’attitude du maître face à l’éducation des jeunes enfants : « aide moi à faire seul »


    Tags Tags : ,