• L’essentiel se passe dans la classe

    Les Inspecteurs[1] le savent bien, les meilleures réformes, les seules qui ont réellement un impact sur la réussite des élèves sont celles qui aboutissent dans la classe. En 2002, le ministre de l’Education Nationale Xavier Darcos évoquait d’ailleurs le « harcèlement textuel » qui émanait de l’administration centrale et qui ne parvenait pas jusqu’aux principaux utilisateurs du système scolaire.

    Une classe représente à la fois un lieu, la salle de classe et un groupe humain, les élèves avec leur professeur.

    Cet espace cloisonné est régi par des règles de fonctionnement. Le professeur est garant de leur respect et de leur application et les élèves doivent s’y conformer. Faisons en sorte que ce lieu ne soit pas symboliquement fermé sur lui-même car la classe doit s’ouvrir sur le monde extérieur, social, économique, physique, culturel et institutionnel. Et d’ailleurs, nombre de professeurs aujourd’hui ouvrent symboliquement la porte pour signifier cette porosité bénéfique, mais aussi pour montrer que les apprentissages dans la classe sont transposables en dehors de la classe.

     

    L’âme d’un cours traverse les frontières de l’Ecole pour s’enrichir de la pensée du monde

     

    Entrer dans une salle de classe, s’asseoir derrière un bureau, respecter le maître, répondre aux consignes de travail ne va plus de soi aujourd’hui. Les sollicitations sont diverses et multiples, le professeur n’est plus le puits de sciences auquel on pouvait s’abreuver pour s’instruire et grandir et le prestige de l’Institution n’est plus aussi ferme qu’il l’était il y a quelques décennies encore[2]. Et pourtant, les adolescents comme les parents le savent, l’Ecole reste toujours le meilleur endroit pour apprendre. Il apparaît donc des tensions que les professeurs doivent résoudre pour se faire respecter et écouter. Par un comportement au quotidien irréprochable (ils restent un modèle d’adulte), des explications claires, logiques et percutantes pour traduire et comprendre le Monde et enfin par les interactions qu’ils savent nouer avec leurs élèves, ils sauront parfaitement remplir la difficile mission d’instruction et d’éducation qui leur est confiée par la Nation, malgré la gêne et la fatigue qu’occasionnent les bavardages, l’indiscipline et les tracas récurrents.

     

    Il ne faut jamais l’oublier, l’Ecole est avant tout le lieu dans lequel on forme un citoyen et un futur adulte. Ce qui signifie apprendre à acquérir et respecter les codes de la démocratie. La classe doit par conséquent être un lieu de débat et d’écoute, une sorte « d’Ecclesia » moderne[3]. Si le professeur n’est pas là pour imposer une Doxa il veille à montrer que toutes les opinions ne se valent pas et lutte contre un relativisme inopérant ou pire contre les valeurs qui menacent l’Ecole, le savoir, l’humanité. Combien de professeurs d’histoire sont régulièrement conspués quand ils évoquent les conflits israélo-arabes, ou quand ils abordent l’esclavage et le colonialisme. Combien de professeurs de SVT peuvent se retrouver en difficulté quand ils enseignent la théorie de l’évolution ou la sexualité ? Combien de professeurs d’Education physique et sportive doivent argumenter pour former des groupes mixtes ?

    Rester ferme sur les valeurs de la république nécessite parfois d’expliquer, mais de garder toujours son calme. Rendre compte d’une théorie ne signifie pas qu’il faille imposer une vision morale aux élèves[4].

     

    Pour construire cette citoyenneté, le professeur a la responsabilité de garantir la sécurité intellectuelle et l’intégrité physique de chaque élève. Il ne peut pas y avoir de « chef de bande » qui fasse régner un ordre nauséabond dans l’enceinte de la classe et l’esprit de ses condisciples. Tous doivent être en possibilité de réfléchir et communiquer librement, sans être menacé du regard, sans risquer de quelconques représailles immédiate ou future. Il faudra refuser toute forme d’humiliation verbale  de la part des autres élèves, ni se laisser entraîner dans ces dérives en tant que responsable de l’ordre dans la classe. A ce titre il est recommandé de manier l’humour avec prudence et être conscient que ce qui se passe dans la classe peut avoir des répercussions en dehors.

     



    [1] Inspecteurs d’académie - inspecteurs pédagogiques régionaux (IA-IPR) et Inspecteurs de l’éducation nationale (IEN)

    [2] François Dubet a théorisé cette crise de l’institution scolaire dans de nombreux ouvrages. Voir bibliographie.

    [3] Dans l’antiquité grecque, l’Ecclesia représente l’assemblée des citoyens

    [4] Rappelons la lettre aux enseignants rédigée par Jules Ferry en 1883 à propos de l’application de la loi sur l’enseignement moral et civique ;


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