• Petite histoire de la formation initiale

    L   a formation initiale s’accompagne d’une part de formation continuée. Pour simplifier, on peut parler de formation initiale l’ensemble formation universitaire pré concours en Master 1 suivie de celle qui est proposée l’année de titularisation en Master 2 (la formation continuée).

     La « mastérisation », c’est-à-dire l’obligation de détenir un master pour s’inscrire à un concours de recrutement constitue l’aboutissement logique d’un processus d’élévation du niveau universitaire des professeurs qui s’est accéléré ces trente dernières années.

     

     On peut d’abord remarquer que les recrutements et les formations du premier et du second degré se rapprochent lentement, alors que tous deux étaient historiquement très différents jusqu’à l’instauration des IUFM (Institut Universitaire de Formation des Maîtres), et aujourd’hui des ESPE (Ecoles Supérieures du Professorat et de l’Education).

     

    Les recrutements ont toujours été nationaux pour le second degré avec le CAPES ou l’agrégation, mais il n’en va pas de même pour l’enseignement primaire qui a longtemps recruté au niveau départemental. Parallèlement l’instauration de la filière technique (à partir de 1969) ou professionnelle s’est construite en partenariat très étroit avec le monde professionnel local (ou régional).

     

    Si le recrutement dans les écoles normales d’instituteurs était précoce (au niveau du brevet avant 1969 puis du baccalauréat, et du DEUG à partir de 1979), la formation initiale pouvait durer plusieurs années.

     

     

     

    Dans le secondaire, la formation initiale est restée souvent limitée. La possession du diplôme était reconnue comme suffisante pour être un bon professeur. On a supposé pendant longtemps que le haut niveau d’expertise disciplinaire permettait de faire face à une classe puisqu’il fallait en priorité transmettre des connaissances. A partir des années 50, le système s’est heurté à la massification de l’enseignement, d’abord au collège, puis au lycée. Des IPES (Instituts de préparation à l’Enseignement Secondaire) ont été créés après la seconde guerre mondiale pour tenter de remédier en partie aux nouvelles difficultés liées à l’arrivée des classes moyennes et populaires, moins rompues aux non dits du système éducatif français. Mais la plupart des enseignants apprenaient leur métier comme ils pouvaient, avec les conseils des aînés.

     

     

     

    Il faut aussi noter que les querelles syndicales ont très vite virées aux guerres fratricides sur ces questions du recrutement et de la formation des maîtres, ce qui ne permettait pas la sérénité du débat. La question de l’existence des professeurs d’enseignements généraux des collèges (PEGC), avec en fond la peur du déclassement et de la « primarisation » du collège a constitué l’aspect le plus visible de cet affrontement.

     

     

     

    Pour répondre à cette crise (et à celle du recrutement des professeurs) il a été décidé la création des IUFM dans la loi d’orientation de 1989. L’ambition politique avouée fut l’unification du corps des professeurs du primaire et du secondaire. Les instituteurs deviennent dès lors des professeurs d’école et sont recrutés au même niveau (licence) et sur la même grille indiciaire que leurs homologues du secondaire.

     

    Très rapidement les IUFM ont été critiqués pour le caractère trop théorique de leurs enseignements, voire déconnecté des réalités de terrain. De plus, de nombreux enseignants passaient le concours sans s’être préalablement inscrits dans un IUFM. Des réformes successives ont modifié les caractéristiques des IUFM et les ont intégrés à l’Université. Un cahier des charges de la formation initiale a été élaboré au niveau national. Malgré ces réformes, la critique originelle et continue de ces instituts de formation a conduit à la redéfinition d’un système de formation plus adapté à la demande actuelle. Soulignons toutefois que le principal apport de l’IUFM a peut être été de montrer le besoin d’ancrer la formation des enseignants au sein des universités et d’harmoniser ou de créer des passerelles entre premier et second degré.

     

     

     

    Les débats sur l’impact de la mastérisation sur le recrutement ont été nombreux. Ils ont pu engendré dans certaines disciplines des difficultés pour constituer des viviers suffisants de candidats, en particulier en mathématiques, lettres, langues ou dans plusieurs secteurs professionnels. D’autre part, d’un point de vue sociologique, les professeurs sont plutôt issus des classes moyennes ou classes moyennes supérieures. Or, le fait de devoir acquérir un master pour passer le concours élimine de fait bon nombre de candidats méritants mais qui ne peuvent pas suivre de longues études universitaires par manque de ressources financières. Il s'en suit un appauvrissement de la diversité sociale du corps enseignant qui peut être préjudiciable à une ouverture culturelle propice à une meilleure compréhension des problèmes spécifiques aux zones d'éducation prioritaire. En effet, les professeurs sont de plus en plus souvent des femmes, enfants de cadres et anciens bons élèves. Il pourrait à terme apparaître une fracture culturelle et économique avec le monde des élèves qui ne peut se combler qu'en définissant clairement les objectifs et les enjeux de l'Ecole.

     

     

     

    La mastérisation ouvre un vaste champ des possibles en terme de préparation aux métiers du professorat , du fait de la durée accrue de la formation universitaire. Depuis la rentrée 2013, les Écoles Supérieures du Professorat et de l'Education (ESPE) forment l'ensemble des futurs enseignants et conseillers principaux d'éducation en leur proposant une entrée progressive dans le métier. De nombreuses universités ont proposé des cursus spécifiques pour accéder au master "Métiers de l’enseignement, de l’éducation et de la formation" (MEEF) à partir de la troisième année de licence. Contrairement aux IUFM, tous les étudiants se destinant au professorat devront avoir intégré à moment donné  une ESPE pour recevoir une formation garantissant la maîtrise des savoirs disciplinaires et la connaissance des méthodes pédagogiques les plus à même de faire réussir les élèves, en particulier grâce à un lien étroit et permanent avec la recherche en didactique accompagnée d’une ouverture à l'international.

     

    Toute la difficulté sera de faire cohabiter en harmonie les apports théoriques issus du champ universitaire avec l’observation, l’analyse et la pratique de terrain. Celle ci devra être progressive et réelle pour ne pas risquer les errements des premières années d’existence de l'IUFM. Le règlement des ESPE prévoit pour cela de créer une instance de réflexion et de pilotage local, animé par les différents acteurs intervenants : universitaires, enseignants, inspecteurs, chefs d'établissement et représentants extérieurs. Les professeurs stagiaires sont désormais encadrés par deux tuteurs, le premier issu de l’ESPE pour l’expertise scientifique et disciplinaire et le second dénommé « de terrain » car il est recruté parmi les pairs et reconnu pour son expérience et ses qualités pédagogiques.

     

    En conclusion, si les deux domaines de la formation continue et de la formation initiale sont particulièrement importants pour garantir et accroître l'efficacité de l'enseignement (à travers ce qu'on appelle « l’effet maître »), les stratégies et les organisations de mises en oeuvre différent.

     

    Historiquement les professeurs du secondaire ont bénéficié d'une formation pédagogique réduite, ce qui les rend très critiques vis à vis de ces systèmes de formation. Pourtant, tous les pays européens ont mis en place des procédures pour garantir une formation des maîtres de qualité. Les délais pour observer les effets sont longs, mais les bénéfices attendus portent l'espoir d'une meilleure prise en charge progressive des élèves et de leurs difficultés.

    Petite histoire de la formation initiale