• Travailler avec une classe difficile

    « Les 4°3, c’est une classe difficile, on ne peut rien leur apprendre ». Quand l’exaspération pointe le bout du doigt c’est le genre de propos qu’on peut entendre dans la salle des professeurs.

    Ce type de phrases lapidaires catalogue un groupe. Cela entraîne inconsciemment l’ensemble de la communauté éducative à adopter le même état d’esprit défaitiste qui aura pour effet d’amplifier la difficulté dans la relation professeurs-élèves. De plus, tenus par des professeurs qui s’accrochent malgré tout contre vents et marées pour faire progresser les élèves laborieux et volontaires (il y en a dans toutes les classes, même les plus difficiles) et qui souvent arrivent à obtenir des résultats, ces propos peuvent avoir un effet démobilisateur, alors qu’il est essentiel de réussir à changer les comportements pour créer de l’émulation et placer les élèves en situation de travail, de participation et d’écoute.

    On peut objecter que cet optimisme est une sorte de méthode Coué. Il s’agit plutôt d’un état d’esprit qui vise à recréer les conditions minimales pour permettre à tout le monde de se remobiliser afin que les élèves reprennent le chemin des apprentissages.

     

    Faire en sorte que chaque pas rapproche du but à atteindre

     

    La classe est difficile parce que les élèves ne comprennent pas l’intérêt d’une aussi longue présence, assis derrière un bureau à attendre « que le cours se fasse ». Il faut par conséquent  donner du sens aux enseignements, montrer qu’apprendre permet d’être plus fort, plus compétent, de mieux appréhender son environnement et de se connaître un peu plus soi même. Les enseignements contextualisés interrogent et intéressent les élèves, parce qu’ils parlent d’eux. En partant de ce qu’ils savent (et pas de ce qu’ils devraient théoriquement savoir), en fixant des objectifs simples et concrets à atteindre[1], en variant les formes d’activités pédagogiques, en se basant sur l’expérience du quotidien, ce qu’ils ont lu, vu ou entendu dans des revues, sur internet, à la télévision, dans la rue, il est possible de redonner le goût du travail scolaire.

    Dès lors, face à tout nouveau problème qui lui est posé, l’élève doit pouvoir inconsciemment penser : « De quoi ça me parle ? De quoi ça parle ? », et cela pour éviter la remarque brutale « De quoi il/elle parle ? ». « De quoi ça me parle » renvoie à soi, au subjectif, au vécu, tandis que « de quoi ça parle » ouvre l’horizon et décontextualise.

     

    Subjectif/objectif

     

    Bien sûr leur culture n’est pas souvent celle du professeur. Cela ne signifie pas qu’ils ne connaissent rien et qu’ils n’ont pas de compétences. Ils n’ont pas les mêmes. C’est aussi à l’adulte de faire entendre que la formation du futur citoyen passe par certaines acquisitions qui sont travaillées au collège et au lycée. Cela nécessite de la part de l’adulte d’avoir de la considération pour eux et pour ce qu’ils disent (quand c’est en rapport avec la leçon).

    Si le professeur réussit à instaurer un contrat de confiance avec sa classe, alors il aura gagné la partie. Bien sûr il devra toujours être vigilant, encore plus qu’avec une classe lambda. Et par moments la dynamique créée ne sera pas suffisante pour réussir à chaque heure de cours. Parce que les élèves auront eu un devoir juste avant, parce que les vacances approchent, parce que le groupe a vécu un moment de stress dans la cour de récréation (bagarres, insultes,…). Mais le principal est d’avancer, et de progresser.

     

    Pour mettre en confiance les adolescents, il faut accepter de leur parler, être ferme quand le besoin apparaît, mais aussi savoir récompenser, et s’intéresser à eux, à ce qu’ils font en dehors de l’école. Certains élèves, réputés difficiles, réussissent bien dans le sport qu’ils ont choisi. Pourquoi alors ne pas les féliciter de leur performance du week end ? Mais aussi leur signifier qu’on les a vus en photo dans le journal, suite à l’audition de danse ou de musique. Bien entendu il n’est pas non plus inutile de s’enquérir de leur éventuelle difficulté à pouvoir travailler correctement dans l’appartement quand le niveau sonore est trop élevé. Il ne s’agit pas de s’immiscer dans leur vie privée, ni de s’attarder longuement avec eux, mais pourquoi ne pas utiliser les moments d’entrée et de sortie de cours pour poser quelques questions qui mettront les élèves dans des dispositions favorables et contribueront à réduire la tension de l’école ?

     

    Tous les adolescents vont tester les limites des adultes. Certains sont plus en rébellion que d’autres. Quand la classe est difficile, le niveau sonore est souvent trop élevé, empêchant par voie de conséquence l’écoute, l’attention et la concentration. Il est fondamental de réduire le bruit ambiant, quand il ne peut être évité, à un niveau acceptable. Pour remédier à ce problème, la disposition des élèves dans la salle de classe est un facteur d’amélioration bien connu. Celle-ci doit être convenue à l’avance, et pas au milieu de cours. Quand on déplace un élève pendant le cours on lui indique qu’il a dépassé le supportable, et il s’agit d’une punition. Quand le même élève est placé en début de cours, de manière récurrente, à tel endroit de la classe on procède par contrat tacite, pour l’isoler de son copain avec lequel il parle beaucoup, pour le mettre dans les conditions de travail requises pour apprendre correctement. Celui-ci rechigne à changer de place, et cela doit être expliqué… et imposé. Il est de toute façon toujours plus facile de placer un élève en début de cours et de lui rappeler la place qui lui est attitrée que de le déplacer vingt minutes après. En début d’année, un plan de classe peut être utile, pour connaître rapidement les élèves, et pour modeler l’organisation du groupe.

     

    La tenue vestimentaire est un code qui peut engendrer du conflit si le marqueur est trop explicite. Comme il a été dit précédemment, le professeur ne peut pas y déroger. Et les adolescents pas davantage. Ainsi, tout n’est pas acceptable. On ne garde pas une casquette en classe, on l’enlève AVANT de rentrer dans le bâtiment. Les marqueurs d’identité, quand ils sont ostentatoires, doivent être proscrits. Sans agressivité, mais avec un rappel ferme qui indique clairement à l’élève qu’il n’est pas dans la rue ou chez lui. Par exemple, les pantalons remontés au niveau du genou doivent être baissés, les pendentifs rangés sous le tee-shirt ou la chemise, le blouson, les gants ou l’écharpe sont enlevés en classe.



    [1] Ces objectifs simples ne réduisent pas l’exigence de qualité de la production écrite ou orale de l’élève.


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