• L'autorité du professeur

                                                                                        L’autorité "naturelle"

     

    L'autorité du professeur

    Le professeur est garant de l'autorité dans la classe. Mais pourquoi certains professeurs ont ils plus d’autorité que d’autres? Indiquons d’abord certaines règles élémentaires pour créer une ambiance de classe favorable à l’écoute, au travail et aux apprentissages. En premier lieu, les professeurs doivent maîtriser les connaissances disciplinaires et les élèves reconnaître cette expertise du maître.

    Nous pouvons supposer que le haut niveau universitaire auquel les professeurs sont recrutés atteste de cette maîtrise disciplinaire.

    Dans ce cas, les problèmes d’autorité du professeur sont souvent liés :

    -         à la forme pédagogique mise en œuvre pendant les cours,

    -         à une méconnaissance des contraintes et des difficultés didactiques propres à la discipline

    -         à la posture adoptée face aux élèves

     

     Intéressons nous ici au 3° cas, c'est-à-dire à tout ce qui a trait à la posture.

     

    L’autorité n’est pas l’autoritarisme

     

    Tout le monde a le souvenir de professeurs qui crient pour ramener le calme dans la classe, ou ressassent comme un leitmotiv des expressions du type « ça suffit », « silence », « taisez vous »... Celles ci n’ont un effet durable que lorsqu’elles sont employées avec parcimonie, car elles vont marquer l’auditoire à cet instant au lieu de servir de ponctuation dans un discours professoral.

    Les femmes professeures doivent être encore plus prudentes que les hommes quand elles élèvent la voix car celle ci peut se déplacer vers les fréquences aigues. Avec pour résultat une tendance à accentuer le malaise. Et d’ailleurs, combien d’adolescents s’amusent à provoquer ce type de réaction chez leurs professeures!

     

    Maîtriser sa voix pour assurer son autorité sur les élèves. Il est important de toujours rester calme et poser sa voix, même (et surtout) en cas d’énervement. Des exercices, chez soi, de diction ou de chant ne sont pas inutiles pour parvenir à entendre le timbre et la hauteur de sa voix et les modifier si besoin[1].

    Les exercices envisagés servent à muscler le diaphragme et ouvrir les poumons pour modifier la quantité et la puissance de l’air expulsé. Ils auront aussi pour but de jouer sur la plasticité des résonateurs pour changer le timbre et amplifier le son.

     

    La voix mal placée entraîne une fatigue des cordes vocales car l’intensité sonore adoptée en classe par le professeur est plus élevée que lors d’une discussion.

    La fréquence et l’intensité sonore ne sont pas les seules caractéristiques de la voix à prendre en considération. Il ne faut pas non plus oublier que la modulation de l’intonation est à prendre en compte pour rendre un cours vivant et intéressant. Un ton monocorde est toujours ennuyeux pour ceux qui écoutent. On peut avoir des difficultés à varier les tonalités, et là encore la pratique du chant choral ou du théâtre sont très formateurs. Dans tous les cas, si le professeur n’est pas en mesure de moduler suffisamment sa voix, il vaut mieux que ses interventions soient courtes au profit de celles de ses élèves. Et ainsi ce problème passera inaperçu, ou sera moins handicapant.

     

    Le déplacement du professeur, ou son absence, impacte le type de cours qui sera produit. Certains enseignants préfèrent rester à côté du tableau, debout sur l’estrade, assis sur une chaise ou plus doctement sur le bureau. Inévitablement on peut penser que l’interaction entre lui et ses élèves sera moindre, qu’une barrière, au moins symbolique, est créée par la posture adoptée. Au pire, certains peuvent laisser penser qu’ils ont peur des élèves qui sont devant lui.

    Savoir se déplacer dans la classe, pour être avec ceux qui apprennent, et pouvoir répondre à des questions isolées est indispensable dans l’acte pédagogique. Être au milieu de ses élèves c’est leur signifier qu’on est avec eux dans l’accompagnement et pas face à eux, en évitant tout contact physique et en respectant l’espace privé propre à chacun.

    Cela n’exclut pas les moments de structuration des connaissances nouvelles pendant lesquels ce rapport « frontal » se reconstitue.

    Savoir se positionner dans la classe conduit à maîtriser ses déplacements : S’ils sont insuffisants le cours risque de prendre une tournure professorale, si ils sont trop nombreux et trop rapides le tournis s’installe et la distraction se substitue à l’écoute.

     

    L’autorité du professeur passe aussi par la tenue vestimentaire adoptée. Il arrive quelquefois que les jeunes professeurs profitent des beaux jours de septembre ou juin pour se mettre en short ou en bermuda. D’autres peuvent conserver un jean taille basse ou porter une chemise largement ouverte. Tous ces exemples sont à proscrire. Les élèves veulent avoir face à eux des adultes qui se comportent comme tel, avec un code vestimentaire adapté à la fonction de professeur et d’adulte référent. Celui-ci représente une institution, l’Education Nationale. Cela impose de s’habiller correctement et de choisir une tenue conforme à l’image symbolique que le professeur véhicule dans la société. Les vêtements appropriés sont confortables et ne heurtent pas la pudeur des adolescents. Ils sont adaptés à un métier où l’on bouge, pour se pencher à la table de l’élève, et lever les bras pour écrire au tableau.

     

                                                                                              L'attitude

     

    Les adolescents testent les adultes pour vérifier leur tolérance à l’égard des règles qu’ils édictent. Bien sûr, celles ci doivent être respectées, mais elles le seront d’autant plus si le professeur adopte une attitude positive avec ses élèves

     

    L’empathie, c’est être à l’écoute des difficultés des élèves

     

    Comme il a été dit précédemment, les professeurs sont des adultes référents, comme les parents. Il n’existe aucune relation d’amitié entre les professeurs et les élèves. Les enseignants n’ont pas à jouer la sympathie, encore moins l’antipathie. En tant que professionnels de l’éducation, les professeurs savent que les processus d’acquisition des connaissances et des compétences sont complexes et non linéaires. Tous les élèves ne réagissent pas de la même façon face à une difficulté nouvelle, certains cherchent spontanément à la résoudre, d’autres baissent facilement les bras. C’est en comprenant la diversité des comportements et en sachant changer le type d’explications fournies que chaque élève pourra entrevoir le bout du tunnel qui le conduira à comprendre la nouvelle leçon. Il faut beaucoup de psychologie pour entendre la difficulté et y répondre avec les mots adaptés.

    Quand un élève ne comprend pas, le professeur lui demande de reformuler le problème pour qu’émerge explicitement l’obstacle à franchir. Ce n’est qu’en partant de ce terrain, mouvant et peu stable, que le professeur pourra déblayer, renforcer et construire une assise solide sur laquelle l’adolescent pourra par la suite s’appuyer pour progresser.

    Souvent, contraint par le temps mais avec le souci évident de faire comprendre, les professeurs réexpliquent en usant des mêmes mots et des mêmes schémas narratifs. Et de finir le propos par l’expression classique : “tu as compris maintenant?”. Alors, l’élève, pour éviter de se sentir ridicule vis à vis du maître ou de ses condisciples  répond par l’affirmative. Et le cours continue. Quant à l’élève, il risque de s’enfermer dans un certain mutisme, ne voyant pas l’intérêt de demander des explications complémentaires.

    On le voit ici, être à l’écoute des difficultés des élèves, c’est vouloir les résoudre, ensemble, et par conséquent chercher les moyens les plus divers pour y parvenir.

     

    L’acte d’apprentissage réussi suppose d’accepter le principe de l’erreur (notion prise ici dans le sens classique qui correspond à l’obtention d’un résultat faux[2]). Commettre une erreur ne doit pas laisser l’élève face à un quelconque sentiment de culpabilité[3]. L’erreur est normale et formatrice. Comment dès lors ne pas adopter une attitude bienveillante avec les erreurs des élèves. En cherchant à comprendre la raison qui a conduit l’élève à se tromper : l’étourderie, la mauvaise connaissance de la leçon, une compétence de calcul ou de grammaire mal acquise…il est possible de commencer un travail de remédiation car le constat de l’erreur n’est jamais accompagné d’un jugement de valeur.

     

    L’erreur positive est celle qui fait progresser parce qu’elle provoque le questionnement

     

    Comment alors ne pas se poser la question de l’humilité par rapport à son propre savoir quand on est professeur ? Quel que soit le niveau d’étude atteint, les diplômes obtenus, les parcours professionnels précédents, on ne clame pas son savoir en classe. Les élèves se moquent totalement du niveau scolaire atteint par le professeur, peu leur importe qu’il soit docteur, ingénieur ou autre, ils veulent quelqu’un qui les aide, réponde aux exigences du programme, et les fasse progresser.

     



    [1] Des séances d’orthophonie permettent d’apprendre à placer sa voix et éviter d’être aphone ou malade (angine, laryngite).

    [2] Nous développerons par la suite le concept de statut de l’erreur.

    [3] On sous estime souvent l’affect qui entoure le commentaire porté à l’élève quand il commet une erreur. Cela commence tôt, dès la maternelle. Le risque étant qu’un enfant qui a mal vécu certaines remarques peut s’enfermer dans une attitude passive, attentiste, plutôt qu’oser produire un travail qui nécessitera d’être repris ou complété.